Ad Vitam

markrothkono141960.jpg Ce soir là je suis rentrée chez moi sans un mot. Rien, pas un son n'est sorti de ma bouche ; penaude, abattue, lasse, le silence comme seul refuge. Ils ne m'ont pas vu pleurer. Je suis rentrée vite, costumée de mon plus beau sourire de façade, si tôt le seuil franchit le masque s'est brisé. J'ai toujours été trop gentille, ils ont du trouver ça étrange, cette manie de donner de soi-même en permanence, ils ont du croire que la corde infiniment pouvait être tirée. J'ai pourtant essayer de faire des efforts - parfois je manque de tact, c'est clair, certaines épreuves de l'existence m'ont endurcie - j'ai renié qui je suis pour convenir à tous. Je leur ai mâché le travail, j'ai été conciliante, à l'écoute, serviable et loyale, toujours. TOUJOURS. Jamais je ne leur ai infligé le quart de ce qu'ils sont en train de me faire subir : ils sont les camarades qui ne méritent pas ce titre. Who cares ?

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La roue tourne, en ma défaveur, comme toujours, 2009 et son lot d'angoisses s'acharneront jusqu'à la dernière heure. Comme si c'était déjà écrit. Il suffit que les évènements qui composent mon quotidien deviennent difficiles à porter, à dépeindre, à soulager, pour que je prenne instinctivement appui sur ma béquille blogo-thérapeutique. Essentielle. Là. Brandie comme une arme de destruction minime de l'éclosion d'une peine. Réactive et parallèle.

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Parfois, je ne sais plus écrire, les choses m'emportent ou plutôt je m'emporte au coeur de ma propre rêverie et je finis inévitablement par ne plus savoir ni comment raconter ces choses, ni ce qu'il y a réellement au fond de moi. Je divague, marée haute, je ne flotte plus, j'embrasse l'eau, regard au premier bord de la surface. L'air bientôt tardera à manquer. Mon ventre gazouille, un borborygme terrible ponctue la vindicative manifestation stomacale. Besoin de mastiquer, de ruminer comme on ressasse par couches successives, en forme de mille feuilles, friable et debout. Je suis immobile, mes membres n'avancent plus et ma cervelle se creuse.

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Pour finir et rester dans la thématique de la fragmentation textuelle intuitive et spontanée, je soupire. Un long et généreux soupir, qui dure et s'évanouit ; cependant quelque chose reste en suspens, encore sûrement une question. Trop de questions, j'en retourne ad vitam à mes corvées.



LE COLONEL DES ZOUAVES ****


- La réalisation du Colonel des Zouaves/monologue est une aventure de théâtre peu commune. En effet, à la commande d'une pièce la seconde après Soeurs et frères en 1993, Olivier Cadiot a répondu par un livre, un roman.
Aussi, après l'avoir “compressé” en compagnie de Laurent Poitrenaux, à qui le texte était destiné, le travail de la mise en scène fut de trouver les conditions du passage de la littérature au théâtre. Il a fallu, pour cela, construire une dramaturgie, faire en sorte que le narrateur du livre devienne, sinon un personnage, du moins une figure de théâtre ; en somme opérer un changement de technique de modélisation.
- Ludovic Lagarde

colonel.jpg “Je ne ferai pas tomber le plat. Plus que trois personnes à servir, personne n'entend ma chanson. Je chante très doucement entre mes dents, je souris minusculement, je suis une machine sans erreur, je suis souple et coordonné, je suis non vivant.”
Olivier Cadiot, Le Colonel des Zouaves - extrait

La première des choses à relever de ce spectacle unique c'est définitivement la performance de l'acteur seul sur scène pendant une heure et demi, qui livre et porte la densité de ce texte de manière magistrale. Par l'immobilité apparente du personnage, Laurent Poitrenaux est traversé par une multitude de voix qui compose son monologue : le travail d'articulation des mots et des pensées du narrateur en sur-place, l'alternance subtile de la lenteur et de la vitesse d'expression et de modulation des voix, ainsi que la présence fantomatique qui se dégage des mouvements du corps concourent à créer une représentation de la figure d'un actant enchevêtré dans le prisme des voix.
“Comme une tranche de cerveau” dit Cadiot, la scénographie épurée nous plonge à l'intérieur de quelque chose, un non lieu, un entre-deux, une boite qui redessine le cadre de scène et permet la création d'une proximité avec le spectateur. De simples fils de fer tendus, des rectangles de fer  ténus en fond et en bord de scène tracent l'espace d'incarnation de la figure du zouave. Quatre ou cinq ambiances lumineuses sont identifiables, elles déterminent les différents fragments de voix, isolent les atmosphères qui ne sont pas des lieux, permettent la création d'un jeu entre éloignement et rapprochement de l'esprit du spectateur.
De plus, ces variations lumineuses très soignées agissent sur les traits du visage de l'acteur qui tour à tour ressemble aux différents personnages qui le traversent. Ce sont les petites choses de la vie dont il est question dans ce texte : non sans humour, le spectateur se balade dans la tête du personnage, grâce à la scène qui représente comme une boîte vide cependant clairement occupée par la vivacité et la musicalité de sa parole.
En outre, le travail du son, de l'éclatement des voix est ici remarquable : Ludovic Lagarde, le metteur en scène, a choisi un dispositif scénique simple mais totalement conçu pour n'entendre que les modulations et variations sonores, toutes sorties du corps de l'acteur. Un travail des effets de voix, des degrés d'intensités et des variations de sons palpables et épatantes permettent de rendre possible l'incarnation de ces différents fragments de figures parlantes.
Le Colonel des Zouaves nous emmène là où nous n'allons presque jamais, dans un recoin reculé du souvenir et un futur qui n'existe pas, nous sautons de pierre en pierre sans jamais savoir où nous serons la seconde d'après ; une écriture du présent chère à Olivier Cadiot qui est mise, depuis plusieurs années, au service du trio artistique Cadiot / Lagarde / Poitrenaux pour le plus grand plaisir du lecteur de roman comme du spectateur de théâtre.

Mon avis : si toutes les créations de cette saison 2009-2010 sont aussi intenses, éblouissantes et soignées, que me restera t-il à critiquer…?



De l’art de la blogo-sociabilisation

babel.jpg Cette année est décisive : après le difficile exercice du mémoire de maitrise, j'ai choisi un parcours professionnel pour obtenir mon diplôme. Voilà maintenant huit semaines que je me bats afin d'entrevoir la possibilité de pouvoir finir mes études, car sans argent aucune certitude de fin. Voici deux mois maintenant que je lutte dans le but, une fois encore, de tout mener de front, de trouver des solutions pour mon avenir. Je ne vais pas faire état ici des nombreux problèmes qui font ma vie en ce moment, tout le monde a ses problèmes.

En fait, j'ai eu de moins en moins de temps à consacrer au blog ces dernières semaines, ne m'en voulez pas chers lecteurs, Zaz enchaîne les stages, les déplacements, les dossiers à constituer et les pièces de théâtre à lire, les projets et co-réalisations artistiques, les répétitions pour la compagnie de théâtre, le tutorat à l'université des licences première et deuxième années à préparer, l'écriture de sa nouvelle pièce, et les spectacles de la saison, Zazou regrette mais ne trouve même plus le temps de vous rapporter les petites bizarreries de son quotidien.

J'aurais pu râler contre ma taxe d'habitation encore exorbitante cette année, j'aurais pu raconter quelques détails du rapprochement avec mon voisin ou comment je galère sans internet au 23… Mais ce n'est pas ce que j'ai envie d'écrire. Ce qui me fait mal en ce moment c'est ma propre bulle. Ma capacité à résister, à rester indifférente aux choses et aux êtres qui m'entourent.

Aujourd'hui, un ami m'a dit qu'il me trouvait distante et glaciale… c'est la première fois qu'on me le dit. Je ne l'avais encore jamais entendu. Ce ne sont pas des mots qui me correspondent, pourtant ils correspondent bien à la situation. Des mots qui sonnent comme des pics, qui résonnent comme un acouphène, des mots qui éraflent enfin un peu la fine peau d'indifférence qui m'a recouverte. Je suis une femme chaleureuse mais la lumière tendre vacille… je ne me sens plus la même.

Ce doit être une des raisons pour lesquelles je n'écris plus beaucoup par ici. Tous les mots me paraissent fades, j'ai la sensation désagréable d'avoir du sable sous la mine, une sorte de gravier grossier apparait en couches superficielles à mesure que je m'obstine à graver les lettres. Quelque chose demande à sortir mais elle se trouve entraver dans son mouvement.

Je me raccroche à ce que je peux, à ce que je connais de mieux, à l'art et à la littérature. Patiente, je n'espère plus depuis longtemps, j'essaie juste de ne plus avoir la tête dans l'eau. Même si je sais très bien nager sous l'eau, je serais bien incapable d'y respirer. Ne m'en voulez pas pour cette absence, à l'avenir j'essaierai de faire un effort de blogo-sociabilisation, c'est promis.



“Détruisons ce qui nous détruit” : incontrôlables enragés

urbanpeacebybuffalo.jpg Cette semaine ma ville accueillait comme chaque année la quatorzième édition du Festival des Expressifs : samedi soir devait être la nuit de clôture du festival, de multiples manifestations artistiques étaient prévues, seulement une poignée de casseurs en a décidé autrement. Le centre ville a été saccagé, des vitrines détruites, des bâtisses historiques généreusement taggées, des émeutes incontrôlables ont éclaté à Poitiers. Les CRS sont même venus en renfort, le festival a été interrompu et la ville cruellement défigurée. Bilan du saccage gratuit des abrutis anarchistes qui soit disant manifestaient contre l'ouverture de la nouvelle prison de Vivonne (près de Poitiers), du grand n'importe quoi, des débris, de la panique et comme un arrière goût de fête qui tourne au vinaigre. Pathétique.

Il aura suffit d'une demi-heure pour que le centre de la ville se retrouve noyé dans les fumigènes, sévèrement gardé et maitrisé par les forces de l'ordre au taquet, comme si nous étions en guerre civile, je retrouve enfin ce besoin irrépressible de raconter. Et je m'indigne. Je suis sincèrement révoltée par ce qui s'est produit dans ma ville hier soir. Quelle image pour la culture ! Quelle absurdité de mêler politique et manifestation culturelle ! Quelle bande d'abrutis notoires ! Il faut se poser la bonne question : qui va payer les pots cassés dans cette histoire ? Une petite ville tranquille comme Poitiers, c'est du jamais vu. Je suis écoeurée par de tels comportements d'autant que ça donne désormais encore plus de légitimité aux politiques de répression et de terreur exercées dans ce pays. Comme ils doivent être contents d'eux ceux qui saccagent et vandalisent, ils offrent une occasion rêvée aux dirigeants de taper là où ça fait toujours mal : sur la tête de ceux qui croyaient pouvoir créer en paix. Elle est belle la patrie des droits de l'homme.

Pour le coup, Zaz s'est fait plaisir, soirée tequila hecho en mexico avec ses potos de la fac, sel, citron, musiques de bitch attitude et virée déplorable au pays des erasmus. Une nuit en demi-teinte.
Au réveil y'a comme un goût d'aigreur chez les jeunes de l'an 2000, un goût d'atteinte à la liesse populaire… pas étonnant. Pourvu que le festival soit tout de même reconduit l'an prochain. Pour ma part c'est tout ce que je souhaite, parce que développer ses projets culturels c'est bien plus militant que de détruire des vitrines à coup de barres de fer.



Nothing to say… Everything to sing (Part four)

Audacity of Huge, Simian Mobile Disco.

Rhyme Constructor, Peanut Butter Wolf feat. Loot Pack & Quasimoto.

Cleva, Erykah Badu.

Solitary confinement, Evidence feat. Krondon.

Take it back, Madlib.



La Lettre Fantôme.

pechmerlemain.jpg Je serre le blog dans mes bras comme lors de retrouvailles. Je suis très tactile, j'aurais presque envie de l'embrasser tellement il m'a manqué. Et vous aussi chers lecteurs. Merci à tous ceux qui m'ont soutenue. L'été a été interminable, studieux et fastidieux, il m'a fallu aller puiser dans des souffrances restées muettes afin d'avoir la matière suffisante à la rédaction de mon mémoire de maîtrise. Ce n'était pas une mince affaire, je peux vous le dire maintenant. J'ai tellement donné de moi-même que je pense m'être égarée en chemin. Le résultat compte peu, que je réussisse ou pas, j'aurais été au bout de l'exercice, même si la fin paraît bâclée.

Le drame de ma semaine : une lettre fantôme. En fait, je n'ai aucune excuse, j'étais épuisée, du coup je n'ai pas fait attention en rédigeant mon titre de mémoire. Bilan, il manque une lettre dans mon titre. Pourtant je l'ai lu et relu et re-relu mais je ne l'ai pas vu. Y'a qu'à moi que ça arrive ce genre de choses. C'est zazement la loose.

Depuis le début de la semaine je ne dors plus. Quand je ferme les yeux pour me détendre, je ne fais que des cauchemars. Je me réveille ensuite sonnée par les images, les flashes qui se sont succédés pendant les quelques heures que j'ai passé allongée. C'est étrange, comme si mes spectres continuaient à me hanter. Dur de s'extraire du royaume des ombres, surtout quand on y a passé autant de temps.

Pour être tout à fait sincère, au risque de passer encore une fois pour une nana négative et bornée, la rentrée s'annonce déplorable. Pas de boulot, pas d'argent, pas d'avenir, pas de sortie de crise, pas de boy friend, pas de vacances, pas moyens de finir mes études l'esprit tranquille, quelques vagues projets et des ressources énergétiques au plus bas niveau. Low battery. Zaz ne se plaint pas, elle constate, une fois encore, que la chance n'est pas de son côté et que rien ne lui est épargné, surtout pas une pauvre faute d'inattention dans son titre de mémoire ou l'ombre d'un tout petit espoir.
Tout gérer, prendre sans cesse dans la tronche et malgré tout continuer de se battre, encore et encore, je ne suis pas contre. Mais serait-il possible qu'à mon tour, je puisse profiter d'un peu de repos bien mérité ?

Mon père nous a quitté il y a tout juste un an. C'était tellement fulgurant cette année que je n'ai même pas pu prendre le temps de faire convenablement mon deuil. Tout est allé si vite. Je ne me suis rendue compte de rien. Zazement dans sa bulle. Incapable d'écouter les autres, je ne vois que ma petite personne. Je ne pense qu'à moi, je dis je en permanence. Ce n'est pas faute d'avoir envie de dire nous, pour cela il faudrait que je sorte un peu, que je communique avec la gente masculine mais je ne sais plus comment on fait. D'une maladresse redoutable, je tombe dans les cratères creusés par la langue des beaux-parleurs et inévitablement je me casse les dents. Finie la romance.

Alors puisque tout concourt à ne me laisser aucun espoir potentiel pour la suite des évènements, je vais écrire une pièce de théâtre. Le peu d'énergie qui me reste nourrira la création d'un projet d'écriture. J'en ai marre de m'éparpiller pour le bien de tout le monde, je vais enfin faire quelque chose pour moi.
Je n'ai pas les moyens de finir mes études, entravée au seuil de la réussite, qu'importe je serais dramaturge malgré le diplôme. J'en ai marre de gérer ce qui manque, je veux maitriser ce qui est.

Adieu le mode bitch, la gentille et douce Zaz, envolés les projets et attentes bidons qui jalonnent mes sentiers, le chemin n'est pas tracé alors je creuserai les sillons de mes propres mains. C'est une période délicate, sans répit, sans espoir, sans retour ni amour, c'est un moment dur comme tous ceux qui m'ont été donnés de vivre depuis trois ans, sans pitié ni bonheur : la seule chose à faire est de ne rien faire. Je démissionne de mes propres soucis et je décide de vivre ce que j'aurais choisi de vivre, pas ce que la vie une fois de plus m'aura imposé.

Ouais, je sais ce que vous vous dites : qu'est-ce qui lui prend ? Qu'est-ce qu'elle a encore?
Rien, je ne suis ni heureuse ni malheureuse, je ne me plains de rien, j'ai tout ce qu'il me faut. Simplement, mon coeur s'est durci cette année, il a pris pas mal de coups, de chocs et de ralentissements donc il est logique pour moi de le mettre en soins intensifs pour le surveiller. Je n'ai pas grand chose à raconter, j'ai passé l'été à travailler douze à quatorze heures par jour, avec comme seules perspectives mon écran d'ordinateur, sept heures par jour le chantier dans ma rue, une chaleur à crever quand on vit sous les toits et des spectres comme compagnie… ça fait rêver. Et pourtant c'est ma carte postale.

Chers vous,

Les vacances se passent bien, nous sommes allés faire des courses et le pot d'échappement de la voiture nous a lâché… le chantier est tellement bruyant que nous dormons avec des bouchons d'oreilles, la plage est belle en photo numérique sur le fond d'écran de l'ordinateur… heureusement nous avons de la bonne musique qui vient briser le silence terrible des soirées estivales trop longues. De magnifiques barbecues sont venus ponctuer la saison dans le jardin, les voisins avaient l'air d'en profiter. Tout va bien, notre peau a gardé son teint hivernal et nous rentrons dans quinze jours.

Pleins de bisous doux du 23, où il fait toujours bon de rester enfermé malgré le temps superbe dessiner tout l'été par le soleil.

Zaz, qui vous aime.

Oui, je suis dingue mais je l'assume. La faute aux fantômes.

 

 



Nothing to say… Everything to sing (Part three)


Blue Moon, Sam Cooke.

Beat goes on, Buddy Rich.

Don't play, J-Live.

Make her say, Kid Cudi feat. Common & Kanye West.

Bust your windows, Jazmine Sullivan.

Don't wanna hurt no more, Nate Dogg.



T’as pas un stylo ?!

klimthope2dtl.jpg J'avais en fait besoin de prendre l'air et de dire bonsoir au soleil. Pour une fois je n'avais pas envie de me faire des pates, marre du régime coquillettes, spaghetti ou torsades toutes les quatre heures dans l'estomac telle une oie gavée pour rester endurante et productive… alors j'ai opté pour le changement le temps d'une soirée. Ce sera pizza et puis voilà. De toutes façons j'avais la flemme de cuisiner, ça m'arrangeait plutôt je dois le reconnaitre. Je suis sortie de chez moi brisant l'isolement instauré depuis plus de quarante-cinq jours/nuits, si bien qu'il m'a fallu quelques instants avant de retrouver une droiture dans mon pas. Je pouvais tout aussi bien la faire livrer directement au 23 cette pizza, mais comme je l'annonce en début de texte il me fallait un peu d'air.
J'ai pris une pizza aux trois fromages, de taille moyenne et je suis allée me poser sur les hauteurs de Poitiers avec mon plat en carton et Erykah Badu qui hurle dans ma voiture qu'elle est intelligente. Gratinée la soirée, et encore, je n'ai pas fini de raconter. Je m'installe sur le capot de la voiture garée au bord du ravin, c'est cliché mais j'adore, prête à diner devant le soleil rose et mauve qui se couche lentement derrière les vieilles rues de la ville. Je suis peinarde, pense plus à rien l'espace d'un instant… ah si c'est chaud et bon cette pizza non prédécoupée… hum je savoure en tête à tête avec le soleil, regardant au loin l'agitation urbaine qui parait silencieuse, la petite bise qui vient caresser mes sourcils, quand un homme accompagné de trois enfants ont envahi la scène. J'avale mon morceau de pizza en faisant la moue. Le cliché était solitaire… Difficile de trouver un coin où être tranquille juste une demi-heure quoi. A peine finissais-je de m'essuyer la bouche afin de clore ce singulier repas que l'homme est venu me faire la conversation sur le toit du monde. Il avait l'air gentil, il m'expliquait qu'il était célibataire en ce moment, que je devais être bien seule pour venir de ce côté là, et comme il sortirait bien danser et s'amuser en cette soirée de fin de semaine pour non-vacancier. Clairement, il avait la dalle, ça se comprenait et ça se voyait. J'ai fait mine d'avoir des choses à faire pour la soirée, des heures de sommeil à rattraper, mais ça ne l'a pas empêché de me demander si j'avais un stylo. Euh non… Qu'à cela ne tienne, il s'est empressé d'écrire son numéro et son prénom sur le capot poussiéreux de ma voiture. Zazement hein !? Je suis restée sans voix devant le boxeur de 37 ans, père de famille et célibataire en chien de gazelle fraiche à pourchasser, coite et souriant bêtement je suis remontée en voiture, j'ai lâché un “bonne soirée” accompagné d'un signe de main. Avant de partir, j'ai programmé un petit Ghostface Killah bien à fond, histoire de dire je m'ambiance très bien toute seule bye bye les zouzou ! Zaz retourne simplement s'enfermer pendant les quinze prochains jours et confie donc à la pluie la difficile tâche de nettoyer la carrosserie de Red Desire… 



More Than Ever

sessionlarmes026.jpg En quelques mots : les températures estivales sont chaudes mais supportables, même s'il ne s'agit pas de faire un point météo. Pour être honnête je ne sais pas très bien ce que je pourrais vous raconter, le mois d'août a commencé et je ne m'en suis même pas rendue compte c'est pour dire. Je suis dans l'univers temporaire et complètement artificiel que je me suis créé pour accomplir l'exercice le plus difficile que j'ai jamais choisi. C'est très dur, plus coriace encore que de noircir des pages de blog avec mes anecdotes et mes chroniques en tous en genres. Je peux vous assurer que la montagne rédactionnelle n'est pas si évidente à grimper ; j'ai intérêt à chausser des crampons au bout de mes doigts, à travailler mon endurance si je veux arriver à me hisser à temps au sommet afin de justifier mon escalade. Les fantômes sont insaisissables, alors comment rendre visible et lisible ce qui est de l'ordre de l'invisible et de l'abstraction? Tout l'été passé à répondre à ce genre de question bâtarde et métaphysique… par 4o degrés dehors, sans la mer, le cocktail à la banane et les baisers brûlants des hommes de la saison. Mais avec une envie de concrétiser tous les efforts d'une année passée en compagnie de spectres, une fracture assumée au fond du coeur qui me permet d'avancer, d'envisager la fin comme une délivrance. Souffrance de parler des morts, du deuil, de l'absence, toutefois la démarche reste salvatrice : quelque chose que je ne parvenais pas à exprimer normalement s'est projeté dans le mémoire sans que je ne cherche à l'y intégrer. Une part silencieuse de mon chagrin s'est dévoilée à mon insu.
J'essaie de démontrer qu'on ne sait plus dire au théâtre, alors j'écris ce qu'on ne sait plus dire, avec des mots simples, ceux d'une jeune femme de vingt-sept ans touchée à plusieurs reprises par la perte, anéantie par la douleur, abandonnée par ses propres spectres, qui a choisi de consacrer son été à la parole de ceux qu'on n'entend déjà plus, j'exhume ce qui reste de souvenirs et de mots. Je dois bien ça à ceux qui m'ont quittée, à leur mémoire et au mien. Je suis actuellement dans la dernière ligne droite, je ne peux plus m'arrêter, être efficace et juste c'est tout ce que je cherche. Ne m'en voulez pas, tel un spectre qui revient hanter le vivant je serais bientôt sur le retour. See yah.

 



Nothing to say… Everything to sing (Part two)


How do I let a good man down, Sharon Jones and The Dap-Kings

Falling, Dudley Perkins

Call me, Slum Village feat. Dwele

8 minutes till sunrise, Jill Scott feat. Common