LE COLONEL DES ZOUAVES **** 24 octobre
- La réalisation du Colonel des Zouaves/monologue est une aventure de théâtre peu commune. En effet, à la commande d'une pièce la seconde après Soeurs et frères en 1993, Olivier Cadiot a répondu par un livre, un roman.
Aussi, après l'avoir “compressé” en compagnie de Laurent Poitrenaux, à qui le texte était destiné, le travail de la mise en scène fut de trouver les conditions du passage de la littérature au théâtre. Il a fallu, pour cela, construire une dramaturgie, faire en sorte que le narrateur du livre devienne, sinon un personnage, du moins une figure de théâtre ; en somme opérer un changement de technique de modélisation. - Ludovic Lagarde
“Je ne ferai pas tomber le plat. Plus que trois personnes à servir, personne n'entend ma chanson. Je chante très doucement entre mes dents, je souris minusculement, je suis une machine sans erreur, je suis souple et coordonné, je suis non vivant.”
Olivier Cadiot, Le Colonel des Zouaves - extrait
La première des choses à relever de ce spectacle unique c'est définitivement la performance de l'acteur seul sur scène pendant une heure et demi, qui livre et porte la densité de ce texte de manière magistrale. Par l'immobilité apparente du personnage, Laurent Poitrenaux est traversé par une multitude de voix qui compose son monologue : le travail d'articulation des mots et des pensées du narrateur en sur-place, l'alternance subtile de la lenteur et de la vitesse d'expression et de modulation des voix, ainsi que la présence fantomatique qui se dégage des mouvements du corps concourent à créer une représentation de la figure d'un actant enchevêtré dans le prisme des voix.
“Comme une tranche de cerveau” dit Cadiot, la scénographie épurée nous plonge à l'intérieur de quelque chose, un non lieu, un entre-deux, une boite qui redessine le cadre de scène et permet la création d'une proximité avec le spectateur. De simples fils de fer tendus, des rectangles de fer ténus en fond et en bord de scène tracent l'espace d'incarnation de la figure du zouave. Quatre ou cinq ambiances lumineuses sont identifiables, elles déterminent les différents fragments de voix, isolent les atmosphères qui ne sont pas des lieux, permettent la création d'un jeu entre éloignement et rapprochement de l'esprit du spectateur.
De plus, ces variations lumineuses très soignées agissent sur les traits du visage de l'acteur qui tour à tour ressemble aux différents personnages qui le traversent. Ce sont les petites choses de la vie dont il est question dans ce texte : non sans humour, le spectateur se balade dans la tête du personnage, grâce à la scène qui représente comme une boîte vide cependant clairement occupée par la vivacité et la musicalité de sa parole.
En outre, le travail du son, de l'éclatement des voix est ici remarquable : Ludovic Lagarde, le metteur en scène, a choisi un dispositif scénique simple mais totalement conçu pour n'entendre que les modulations et variations sonores, toutes sorties du corps de l'acteur. Un travail des effets de voix, des degrés d'intensités et des variations de sons palpables et épatantes permettent de rendre possible l'incarnation de ces différents fragments de figures parlantes.
Le Colonel des Zouaves nous emmène là où nous n'allons presque jamais, dans un recoin reculé du souvenir et un futur qui n'existe pas, nous sautons de pierre en pierre sans jamais savoir où nous serons la seconde d'après ; une écriture du présent chère à Olivier Cadiot qui est mise, depuis plusieurs années, au service du trio artistique Cadiot / Lagarde / Poitrenaux pour le plus grand plaisir du lecteur de roman comme du spectateur de théâtre.
Mon avis : si toutes les créations de cette saison 2009-2010 sont aussi intenses, éblouissantes et soignées, que me restera t-il à critiquer…?







ZaZa 29 octobre
Il est clair que je dois davantage étoffer cette critique, elle est à retravailler.
Ne sois pas dégoûtée Mademoiselle F. d’autant que le spectacle tourne depuis quelques temps, peut-être repassera t-il par Paris…
C’est clair que c’était une création incontournable, précise et poétique née d’une collaboration artistique auteur/metteur en scène/acteur particulièrement réussie. Un pari osé et relevé, presque avant-garde.
Je sais que Judesbois l’a vu à Nantes, je lui ai conseillé d’y aller, c’était un spectacle unique au Lieu Unique :)
Je pense à vous, et je vous embrasse tous deux
zazement du pif en matière de pièce
;)
Mademoiselle F. 28 octobre
Waou, je suis hypra-dégoûtée… Ju des Bois est allé le voir à Nantes, il en est revenu subjugué… je suis pas sur les bons spots… bisous Zaz, à bien vite !